Gorée ou l’industrie de la mémoire

En début de semaine, j’ai pris le bateau depuis Dakar pour me rendre sur l’île de Gorée, tristement célèbre. À l’image de Zanzibar, l’île était utilisée par des marchands étrangers – des Portugais, des Hollandais, des Français – comme un lieu sûr pour emprisonner puis vendre des esclaves noirs. Des hommes, des femmes, des enfants qui allaient ensuite, après des semaines ou des mois de captivité, être envoyés sur des voiliers de l’autre côté de l’Atlantique, vers les Caraïbes ou les plantations américaines.

Toute une industrie mémorielle s’est développée sur l’île. Les touristes font vivre des dizaines de vendeurs de souvenirs, des guides aux connaissances mal digérées et restituées de manière très sèche. Quelques restaurants.

La visite de la « Maison des esclaves » est elle aussi transformée en un processus industriel. Commentaire minimaliste, débité en accéléré… Les mots utilisés par mon jeune guide ne semblent avoir aucun sens particulier pour lui, même si pendant un instant il tente d’y mettre un peu de théâtralité. L’instant d’après, il est parti, avec son pourboire. Et moi je ne peux m’empêcher de penser que ce lieu mériterait un petit peu plus de ce qui fait un musée et pas une attraction sans signification.

Mais il est clair aussi, que mon rapport à l’histoire et celui des gens qui travaillent à Gorée s’inscrivent dans des parcours de vie et d’éducation très différents.

Gorée and the memory industry

A few days ago, I took the boat to Gorée island, just in front of Dakar. Gorée is famous for sad reasons. Like Zanzibar, the island was used by foreign merchants – Portuguese, Dutch, French – as a place to imprison black slaves and sell them. Men, women, children were kept there for weeks or months, in terrible condition, before being sent on sailboats across the Atlantic Ocean, to the Caribbean or american plantations.

Nowadays, a kind of industry has been developed around this past. The money from tourism represents an income for souvenirs’ sellers, restaurants and guides with little knowledge, knowledge that is shared in a very dry way.

Visiting the « Maison des esclaves » (Slaves’ House) is also a kind of industrial process. Very little information, given very fast. The words my guide used didn’t seem to have any meaning for him, even if he tried to act theatrical at some point. One second after that, he was gone, with a small tip. Already in quest of the next tourist.

I can’t help myself thinking this place deserves a bit more of what makes a museum and not a meaningless attraction. I’m aware that my relationship with History and those people’s relationship with History are the products of totally different lives and education.

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