Dakar – Tambacounda : le sans-faute !

Huit heures d’attente,  450 kilomètres à parcourir, quatorze heures de route, une crevaison, une panne d’essence en pleine nuit… Ce voyage voulait vraiment être un cliché de voyage africain.

Le voyage coûte 7.000 francs CFA, plus 1.500 francs pour le bagage sur le toit / The trip costs 7.000 francs, plus 1.500 for the luggage on the roof

Le voyage coûte 7.000 francs CFA, plus 1.500 francs pour le bagage sur le toit / The trip costs 7.000 francs, plus 1.500 for the luggage on the roof

Après dix jours passés à Dakar, j’avais finalement bouclé le reportage que je devais livrer et j’avais décidé de prendre la route vers l’est, plus précisément vers Tambacounda, étape d’une nuit avant de rejoindre Kayes, au Mali.

À moi donc les transports locaux sénégalais !

Voyager, au Sénégal, ça devient compliqué bien avant le départ. Il faut savoir à quelle gare routière se rendre, à quelle heure on a une chance de trouver tel ou tel mode de transport… En gros, il faut connaître quelqu’un.

Mon quelqu’un m’avait donc conseillé de me rendre à la gare routière « Pompiers » dès 6h du matin, car le voyageur sénégalais est matinal et la route est longue vers « Tamba ». Me voilà donc sorti du lit à 5h15. J’attrape le taxi le plus déglingué de la ville et arrive comme prévu à 6h sur place.

Le choix d’un type de véhicule dépend beaucoup d’un savant calcul qui prend en compte le prix, la vitesse et le confort. Pour beaucoup de Sénégalais (en tout cas ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir une voiture et ils sont nombreux), le premier critère est le seul critère. Si on veut la vitesse et/ou le confort, on ne vient pas à « Pompiers ».

Dans l’ordre croissant de confort, les modes de transport disponibles sont les suivants :

  1. un « sept-places », une vieille Peugeot break increvable, vite remplie mais niveau zéro du confort. Deux passagers à l’avant, dont un quasiment assis sur le levier de vitesse. À l’arrière, c’est du même goût, mais sans levier de vitesse.
  2. un mini-bus, version plus grande du précédent, avec un chouilla plus de confort, mais qui se remplit moins vite, car transportant plus de monde.
  3. un « car mouride ». Un car longue distance quoi. Une personne par siège. Un truc de dingue. (Est-ce que les sièges sont construits pour des gens de plus d’un mètre cinquante ? C’est une autre question)

J’avais choisi cette dernière solution, mais je découvre en arrivant que le car pour Tamba ne part que vers 19h. Je me rabats sur l’option intermédiaire. Grosse erreur.

6 heures du mat’ donc. Un monsieur serviable m’indique le mini-bus pour Tamba, un van Toyota. Le chauffeur dormait encore, sur le siège passager. Il décide qu’il a fini sa nuit, redresse le siège et m’installe à cette place. Une heure passe. Deux heures. Nous sommes maintenant quatre candidats au départ. Loin du compte.

Entre-temps, le soleil s’est levé et le « garage Pompiers » a pris vie. Des dizaines de vendeurs circulent entre les véhicules garés selon une méthode incompréhensible pour mes yeux de débutant. Passant de fenêtre en fenêtre, ils proposent des ceintures, des biscuits, des soutiens-gorge, des lunettes de soleil (« des Ray Ban originales ! »), des sachets d’eau, des lampes de poche, des rasoirs électriques, des écouteurs pour téléphone portable. Certains passagers marchandent pendant de longues minutes avec ces vendeurs. Peut-être pour passer le temps…

13h44, le départ !

Il fait de plus en plus chaud. J’attaque un polar malien. Je somnole. Je regarde les vendeurs ambulants. Je somnole. Je reprends ma lecture. Je somnole. Finalement, le mini-bus est presque plein. Il se passe encore plus d’une heure avant que tous les bagages soient montés sur le toit, que tout le monde soit installé… et surtout que le chauffeur ait décidé qu’il était temps. 13h44, c’est parti !

Mais ce que je ne sais pas, c’est que le chauffeur a décidé plusieurs autres choses : tout d’abord, ne pas prendre l’autoroute qui te permet de sortir de Dakar en deux temps, trois mouvements. Ensuite, il veut faire quelques courses. Donc il s’arrête une première fois, 20 minutes, laissant tout le monde dans une ruelle perdue de Rufisque, assis sur le trottoir pour s’abriter du soleil, puis une seconde fois plus brièvement, et encore une petite pause pour la route.

Arrivés à Fatick, un peu plus loin, l’état de la chaussée se dégrade brusquement. À partir de là, et presque jusqu’à l’arrivée, les véhicules circulant dans les deux sens doivent se livrer à un étrange ballet routier pour éviter les endroits où le goudron s’est affaissé.

Le rythme du voyage en prend un coup. Un de plus. Pas le dernier.

53 km de l’arrivée

Moi je suis toujours occupé à somnolo-bouquiner, entre deux contrôles de police (j’en ai compté cinq et deux de gendarmerie). Sur les coups de 20h30, c’est la crevaison. Mais le chauffeur a l’habitude. C’est vite réparé. La grosse tuile arrive vers 1h20. À 53 kilomètres de Tamba. Panne sèche. La nouvelle provoque tout juste deux ou trois réactions molles d’énervement parmi la quinzaine de passagers. Rien de plus.

Il n’y a pas de jerrican de secours. Pas un véhicule disposé à s’arrêter à cette heure de la nuit.

Finalement, sans trop savoir qui a pris la décision, nous avons commencé à pousser le mini-bus, parfois à quatre, parfois à cinq ou six. Pour atteindre la prochaine pente. Puis la suivante. Et finalement le prochain village, à 5 km de là. Avec une station service à l’entrée de la localité.

J’ai réussi à atteindre mon hôtel un peu après 4 heures du matin. J’ai pris une douche. Et dormi quelques heures, avant de reprendre la route le lendemain matin vers Kayes. Un voyage relativement calme : tout juste une crevaison et un moteur caractériel. Six heures seulement pour faire 280 kilomètres, avec un passage de frontière en prime.

Petite pause à Rufisque... On a le temps... / Little stop in Rufisque... We have plenty of time...

Petite pause à Rufisque… On a le temps… / Little stop in Rufisque… We have plenty of time…

Dakar – Tambacounda: the perfect trip!

Eight hours waiting, 450 kilometres to go, fourteen hours on the road, a flat tire and… out-of-gas in the middle of the night! This trip really wanted to be a cliché of an African trip.

After ten days in Dakar, I had finished the radio report I was supposed to send for broadcasting on the 1st of November. It was time to leave. First stop: Tambacounda, for a night, before reaching Kayes, in western Mali.

Senegalese transports, here I come!

To travel in Senegal is complicated even before departure. You need to know to which “garage” (car and bus terminal) you have to go, and what time you have to be there, depending on which vehicle you want to drive with. Well, you need to know someone who knows.

My someone advised me to go to “garage Pompiers” as soon as 6 in the morning, because Senegalese travellers like to wake up early, and start early since the way to “Tamba » is pretty long. I do wake up at 5.15 am, catch the lousiest cab in town and arrive at 6 am exactly.

The choice of a vehicle depends on various factors, from which: price, speed and comfort. For many Senegalese (at the least ones who can’t afford to buy a car), only the first factor matters. If you want speed or comfort, you don’t come to “Pompiers”.

Those are the available means of transport at “Pompiers”, from the least comfortable to the more:

  1. A “sept-places”, an old Peugeot car that can be fixed up virtually for ever. It gets pretty fast full, but the comfort level is zero. Two passengers in the front, half-sitting on the gerq stick. In the back, same idea, but without the stick.
  2. A van, bigger than the“sept-places”, a tiny bit more comfortable. BUT, it takes more time to be full, since you need more people.
  3. A « car mouride ». A long distance bus. One person per seat. Crazy idea. (Whether the seats are made for people taller then 1 meter 50 is another question)

I had chosen the last solution, but arriving at “Pompiers”, I find out the bus to Tamba leaves at 7 pm. So I choose the second option. Big mistake.

 Still 6 am. A nice old man shows me where to find a van to “Tamba”, a Toyota. The driver is still sleeping, on the font passenger’s seat. He decides right away he’s slept enough, bends the seat back up and tells me to sit there. One hour goes by, two hours… We are now 4 people waiting for departure. It’s far from being enough.

In the meantime, the day has come and the “garage Pompiers” is much more alive. Tens of street vendors are walking around, between hundreds of vehicles, parked in a mysterious way. Stopping at each car window, the vendors sell belts, biscuits, bras, sun glasses (“Original Ray Ban’s” they say), water in plastic bags, lamps, razors, headphones… Some of the passengers spend long minutes trying to get the best price for one item. Are they really interested? Maybe they just want to do something, instead of just being bored.

1.44 pm : the start!

It’s getting warmer. I start reading a police novel from Mali. Then I doze a little. Then I watch the street vendors. I doze. I read. I doze… Finally, the van is getting full. We’re about 15 people. It last one more hour till all the luggage is on the roof, everybody sitting and, most important of all, till the driver decides he feels like leaving. 1.44 pm… Here we go!

But… there are several other things the driver had decided. First: not to use the highway, that brings you out of Dakar in a matter of minutes. Second: he wants to shop a little. So he stops first in Rufisque, not far from Dakar. He leaves us there waiting 20 minutes in the lost street, trying to find shade on the sidewalk. Then he stops two more times in the first two hours.

After the town of Fatick, a bit further, the road stops being well kept. The vehicles in both directions have to slalom between thousands of holes.

The average speed drops. Not for the last time.

53 km left

I’m still “busy” sleep-reading, between two police checkpoints (I remember at least five, and two gendarmerie checkpoints). At about 8.30 pm, the van stops. Flat tire. But the driver fixes it pretty fast. The serious problem happen at 1.20 am. We still have 53 km to drive to Tamba, but no gas left… Even then, the passangers don’t really complain. I just hear one or two persons saying quietly “No, seriously driver, this can’t happen”.

There’s no gas reserve in the van. And nobody stops on this road, this late.

I don’t really know who decided we had to, but finally we started pushing the car. Four, five, six of us sometimes… To reach the next downhill part, and the following. And after 5km, we actually reached a village, with a gas station.

I got to my hotel around 4 am. I had a shower, went to sleep a few hours and left again in the morning, on my way to Kayes. A pretty calm trip this time: just one flat tire and a sick engine. It took only 6 hours to drive 280 km and pass a border.

Le voyageur ne sait pas encore ce qui l'attend / The traveller doesn't know yet how the trip will be

Le voyageur ne sait pas encore ce qui l’attend / The traveller doesn’t know yet how the trip will be

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2 commentaires pour Dakar – Tambacounda : le sans-faute !

  1. MARTINEAU dit :

    Rustique via Rufisque mais une écriture bienveillante

  2. Ping : Les mille et un métiers du transport | Afrique : Aller (pas) simple

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